31 février 2025

Le collectif du Jardin des Frênes

Feuilles d’agriculture et de littérature

En ce mois de février 2025, je vais continuer à faire circuler mes textes sur papier uniquement. Cela se fait via le classeur de prêts et de retours que je tiens à disposition de tous à mon stand du marché de Carentan.

Le principe est simple : je prête gratuitement mes textes, à la condition bien sur de s’engager à les ramener quelques temps après. Texte emprunté, date de prêt et date de retour sont inscrits dans le classeur.

J’espère rencontrer des personnes qui aiment écrire et qui peuvent ou pourront un jour elles aussi proposer leurs textes au prêt. Dites-le autour de vous !


Décembre 2024

 

Aux champs

 

Noël 2024 est dans quelques jours. J’ai repris les ventes pour trois ou quatre marchés d'hiver. Cette année je suis heureux de pouvoir vous proposer de la salade d'hiver, qui n’est pas une scarolle ( une salade " amère " ) mais une véritable laitue, douce et croquante : la merveille d’hiver.

 

Comme chaque année, j’ai peu de choux d'hiver et de choux de Bruxelles à vous proposer. Ma terre ne se prête pas du tout à ces cultures qui doivent pouvoir pousser lentement mais sûrement en hiver. Elle est bien trop argileuse : dès novembre, même drainée, elle se colmate. Seuls les poireaux parviennent à continuer de pousser.

 

C’est pourquoi j’ai récemment acquis une parcelle de terre sableuse, apte à recevoir des cultures d’hiver et des cultures qu’il faut mettre en place en septembre et qui exigent de passer l’hiver en pleine terre pour démarrer à pousser dès le mois de mars.

 

Cet hiver, la mâche n’est pas de qualité et je le regrette bien. Le semis début septembre n'a pas levé. Je l’ai refait 15 jours plus tard, mais avec une variété que je ne connais pas (la mâche Vit n'était plus disponible). Hélas, ses feuilles sont trop tendres et trop fines.

 

Cette année 2024, c'est une bonne centaine d'euros de semences qui n’ont pas été productifs. La météo fut trop variable. Toutes les cultures en ont souffert. Cet hiver je n’ai pas de navets, par exemple. Je les ai semés en août comme d'habitude, depuis 2015. Mais ils n’ont pas poussé. Je n’ai aucune explication ! Et cet été, il m’a manqué une bonne centaine de kilos de tomates, la faute à un mois de juin trop froid avec des températures nocturnes qui n’ont pas dépassé 10 degrés et ont bloqué la croissance des plants. Les échalottes sont échec commercial total. Elles ne se sont pas vendues. Globalement, je ne parviens pas à revenir à mes ventes de 2020 et 2021. Et l’inflation est passée par là. Par rapport à 2017, j’ai augmenté mes ventes de 20%. Mais mon bénéfice n’a pas augmenté.

 

À la cité

 

Les lois de notre bon pays, en 2024, sont-elles favorables à l’agriculture locale ? Force est de constater que les nouvelles lois ne le sont pas. Ce sont en réalité des lois européennes, qui nous mettent toujours plus en concurrence avec les producteurs du sud de l'Europe, et de biens d'autres pays (les pays du mercosur maintenant).

Ces lois détruisent tout simplement le savoir-faire agricole local. Et c'est l’adjectif local qui est très important. Les savoirs disparaissent purement et simplement : des cultures sont abandonnées, remplacées par celles importées, mais tout de même moins chères pour le consommateur.

Les destructions des terres agricoles et du bocage se poursuivent aussi. Ici à St Jean de Daye me voici entouré de maisons. Avec les nuisances que cela implique. Finie la vie de village ! Finies, les haies au Nord-Est qui protégeaient mon jardin des vents les plus froids ! Sur la période 2014-2024, Saint-Lô Agglo a bétonné 800 ha. Pour les dix anneés à venir, ce seront 600 ha. Cette propension des élus à la destruction des terres agricoles ne s'arrête donc pas.

Je vois que les êtres humains, dans leur immense majorité, n’ont ni la volonté ni la capacité intellectuelle pour arrêter de détruire les environnements semi-naturels qui les nourrissent. C’est ainsi ! C’est la nature humaine !

Sauf ... une microscopique minorité. Qui a jeté carte d'assurance santé et carte d'électeur. La scission est là. Chaque camp juge l’autre fou. Le camp des bien-pensants, par exemple, hurle contre Vladimir Poutine le déclencheur de guerre. Mais laisse des entreprises françaises concevoir et vendre des armes de guerre. L’hypocrisie est totale ; elle mérite le nom de folie.

Seule la spiritualité (de la docte ignorance) demeure, pour moi, une boussole fiable pour vivre sereinement en faisant le moins de mal possible.


Été 2024

Mes textes

Il faut les prendre non comme les révélations de vérités, mais comme des exercices de pensée.  Pas plus que personne je ne possède aucune vérité éternelle et absolue ! Nous ne posséderons jamais la Vérité Absolue et Totale. Mais cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir. Dans une réflexion, tout est création : le point de départ, le point d’arrivée, la ou les méthodes, les arguments amenés, les enchaînements … Nous pouvons élargir notre champ de vision, acquérir de nouvelles perspectives, de nouveaux points de vue. Chercher à voir et à comprendre un maximum de facettes de la réalité. C’est là une démarche humaniste, qui rend l’individu meilleur et donc la société meilleure.

 

La réflexion est une activité à part entière, respectable, au même titre que la pratique d’un sport ou d’un art. Je REGRETTE que trop souvent la réflexion soit niée et minimisée. A condition de le vouloir, chaque personne est capable de développer des réflexions. Avec la pratique et avec le temps, elles s’amélioreront en finesse comme en portée. Depuis 2003, la réflexion est une de mes activités favorites. Ce n’est que onze années plus tard que je me suis senti capable d'écrire des livres. Évidemment, je n’en tire aucune reconnaissance sociale. Et mes écrits sont totalement ignorés de la société, donc totalement inutiles.

 

C’est pourquoi je serai content de quitter un jour la société occidentale, qui ne respecte plus ni la Nature ni le lien social, engendrant une saleté généralisée, engendrant des êtres égoïstes, et qui à nouveau rêve d’une grande guerre sur le continent européen … Oui, la France n’est plus un pays humaniste, et n’est plus un pays où l’on pratique la réflexion. Car partout ce sont les émotions qui prévalent et qui sont mises en avant. Maintenant jusqu’aux extrêmes : l’envie guerrière de tuer, " quoi qu’il en coûte " ainsi que l’a affirmé haut et fort le président de la France au printemps 2024.


Dernières publications

À ce jour, j'ai arrêté de publier mes textes sur internet.

Mais je continue à écrire.

Depuis 2014, j’ai proposé mes textes gratuitement. J’espérais que ces textes auraient un écho chez les personnes que je connais et qui sont engagées en politique, en agriculture, dans la protection de la Nature. Ce ne fut pas le cas !

L'écrit, le mot, l'idée, n’intéressent tout simplement pas.

 

Quand j’ai perdu mes illusions

En 2020 le maire de Carentan eut l’idée d’implanter un nouveau site touristique dédié au D-Day de 1944. Beaucoup de personnes s'y sont opposées et ont fait entendre leurs voix. Plutôt que de simplement s'opposer à ce projet, j’ai suggéré qu’on propose un projet alternatif. Au lieu d’un centre culturel dédié à la guerre - il en existe déjà tant -, je voyais opportun de proposer un centre culturel dédié à ce que l’humanité fait de mieux : la construction de la paix et de la concorde. Bref : je proposais un centre culturel de l’humanisme.

Personne n’a repris ni relayé cette idée ! Ni les écologistes, ni les socialistes, ni les "intellectuels" qui se sont exprimés lors des débats publics.

Face à l’opposition manifeste, le maire de Carentan a abandonné son projet. Et le centre culturel dédié à l’humanisme est resté une pure idée.

 

J’ai alors compris que personne ici ne cherche un autre chemin. L'opposition au projet de D-Day Land sous couvert de protection de la Nature est en réalité un simple immobilisme intellectuel. La situation s'est figée dès 2020 dans une dualité partisans versus oppposants au projet. Chaque camp a fait de sa position un moyen pour affirmer son identité. Et affirmer son identité est devenu plus important que la situation elle-même, qui était une situation d'opportunités. Oui, il y avait là une opportunité pour affirmer et faire connaître les valeurs que l’on croît plus importantes que la guerre !

Mais surtout, il y avait là plusieurs voies possibles ; la situation ne se résumait pas du tout à un choix binaire pour/contre. Et que cela n’ait pas été vu, par personne, est pour moi une preuve manifeste que la France n’est plus un pays progressiste ! L'inventivité, la créativité, l’imagination, l’intuition de la beauté ... n’ont même pas été mises sur la table des discussions !!! C’est un signe manifeste de déclin engagé.

 

Dans une société qui ne voit plus les opportunités, qui ne pense qu'en noir ou en blanc, l'écrivain n’a plus sa place.

 

Je ne reproche pas au maire de Carentan d'avoir voulu dynamiser sa commune. Mais il aurait dû, constatant rapidement une forte opposition, décider de faire un appel à projets. Ainsi, les gens qui ne savaient que dire non au projet (les faux écologistes et les incultes qui ne savent pas ce qu'est l’humanisme) auraient été écartés. Les vrais écologistes ont bien vu que les terres agricoles concernées, le bocage concerné, sont quasiment abandonnés ! La vitalité de ces espaces est très faible, car l’action de l’homme sur les haies, sur les fossés, y est trop peu marquée, et pour autant il ne laisse pas la nature reprendre tout à fait ses droits. C’est un espace bâtard où la biodiversité ne peut pas s'exprimer.

 

Le progrès n'est pas de faire une chose en en écartant le contraire ; le progrès est avant cela de s'atteler à réfléchir pour imaginer le champ des possibles. Les possibles sont toujours multiples ! La pensée binaire pour/contre (bien/mal) mène toujours à l’agressivité et à la guerre. Être humaniste – ce que je suis - c'est justement de ne pas accepter cette pensée binaire. La pensée binaire ne mène in fine qu'à l'immobilisme ou la destruction. Mais j'arrête là cette réflexion. Je retourne au silence. Car je sais que je ne peux pas être entendu.

 

Benoît R. SOREL, JARDINIER-ÉCRIVAIN

 27 Route de Graignes, 50620 Saint jean de Daye. Contact : [email protected]

Lieux et horaires de vente

De MAI à mi-OCTOBRE, ainsi que pour Noël et le Nouvel An :

- marché de Carentan,  chaque lundi, 8h30 - 12h30

- ATTENTION : je ne fais plus de vente sur place !